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Folia conchyliologica
Malacologie continentale
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Histoire de la classification des Mollusques



Nous devons à Aristote de Stagyre (384 avt J.C.-322 avt J.C.) la première classification des Animaux. Celle-ci était très sommaire mais le "système" perdura presque 2000 ans... Dans son Histoire des Animaux, les "Mollusques" s'y trouvent sous le nom de Konkhê (Coquillages).

Enaima (Animaux pourvus de sang) Anaima (Animaux dépourvus de sang) Aristote
1 - Animaux vivipares (Quadrupèdes et Cétacés) 5 - Coquillages (Konkhê)
2 - Animaux ovipares (Oiseaux) 6 - Crustacés
3 - Quadrupèdes ovipares (Reptiles) 7 - Insectes
4 - Poissons 8 - Testacés


Le terme "Mollusque" ne fut introduit qu'en 1650 par Johnson du latin nux mollusca qui désignait une noix à écorce molle.
Ce terme fut repris par le plus célèbre des classificateurs que fut Carl von Linné (1707-1778) dans la Xe édition de son Systema Naturae paru en 1758. La classification de Linné apporte de réels progrès en ce qui concerne les Vertébrés et les Insectes ; il n'en est pas de même des Mollusques qui sont rangés dans les Vermes (Vers au sens large), groupe fourre-tout dans lequel on trouvera mélangés avec les Mollusca, les Testacea, les Infusoria, les Intestina et les Zoophyta.
Otto Friedrich Müller (1730-1784), en 1774, les classa comme tels, comme en témoigne l'intitulé de son ouvrage Vermium terrestrium et fluviatilium.

Les classifications de Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) et de Georges Cuvier (1769-1832) beaucoup plus précises vont permettre d'isoler les "Mollusques" des "Articulés", ce qui les sépare désormais des Annélides et des Crustacés pro parte. Dans le système de Cuvier qui est décrit dans son Règne Animal, la division des Mollusques se compose des classes des Céphalopodes, des Ptéropodes, des Gastéropodes, des Acéphales, des Brachiopodes et des Cirrhopodes.

Il faut attendre Leuckart pour séparer les Mollusques, les Brachyopodes et les Bryozoaires, cet ensemble hétéroclite constituant les "Molluscoïdes".

Histoire de la malacologie continentale française



En France, nous devons les premières études de la malacofaune continentale grâce aux travaux de Geoffroy-Saint-Hilaire, qui publia en 1767, un Traité sommaire des coquilles tant fluviatiles que terrestres qui se trouvent aux environs de Paris. Les travaux de O.F. Müller qui s'inspirèrent de ceux de Geoffroy servirent de base à Draparnaud (1772-1804) qui publiera deux remarquables ouvrages, jetant ainsi les bases d'une conchyliologie continentale en France ; ce sont les ouvrages Tableau des Mollusques terrestres et fluviatiles de la France (1801) et Histoire naturelle des Mollusques terrestres et fluviatiles de la France (1805). L'Histoire naturelle de Draparnaud fut complétée par Michaud avec l'aide de Terver qui en grava les planches, portant le nombre d'espèces connues à 225.

Vers le milieu du XIXe, l'Abbé Dupuy (1847-1852) publie un colossal ouvrage intitulé "Histoire naturelle des Mollusques terrestres et d'eau douce qui vivent en France" et un peu plus tard Moquin-Tandon (1855-1856) fera paraître son "Histoire naturelle des Mollusques terrestres et fluviatiles de France", remarquable par la qualité de ses planches et la précision avec laquelle l'auteur illustre en particulier des détails anatomiques. (54 planches).

Lamarck

Lamarck (Chev. de) (1744-1829)

Cuvier

Cuvier (1769-1832)

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Draparnaud (1772-1804)



La période qui suivit fut marquée par l'avènement de la "Nouvelle École", initiée par Jules-René Bourguignat et largement suivie par Arnould Locard et bien d'autres tels Caziot, Fagot, Mabille, Drouët, Pallary... qui décrivirent par centaines de nouvelles formes en particulier dans les Limnées, les Unios, les Anodontes et les Succinées. De cette profusion d'espèces créées à l'instar des jordanons en botanique accompagnée d'une littérature prolixe (Bulletin de la Société malacogique de France), il ne subsistera que fort peu de formes réellement valides. Parmi les grandes oeuvres des auteurs de cette École, citons : les Aménités Malacologiques de Bourguignat en plus de 85 articles ou bien les épais volumes de ses Mollusques nouveaux, litigieux ou peu connus remarquablement illustrés (1863-1870). L'oeuvre de Locard est peut-être encore plus considérable avec une cinquantaine de Notices conchyliologiques et de très volumineuses contributions comme son Prodrome de Malacologie française (1882) ou sa Conchyliologie française (1893). La méthode suivie par les malacologistes de cette "Nouvelle École" consistait à considérer chaque forme différant d'une autre par au moins 3 caractères comme bona species.

Elle fut à l'origine d'un véritable renouveau de la malacologie française et notamment à Lyon, sous l'égide d'Arnould Locard ; à cette époque, la plupart des naturalistes, entomologistes s'adonnaient également à la conchyliologie. Ainsi de grands entomologistes tels Foudras, Riel, Gabillot... avaient constitué parfois d'importantes collections conchyliologiques et démontraient un véritable engouement pour cette discipline.

Cette grande ère de la malacologie s'éteignit progressivement, le nombre de détracteurs allant croissant, le nombre de synonymies également. Revenant à un concept plus sain et plus raisonnable de l'espèce, ce sont finalement Georges Coutagne (1754-1928) et Louis Germain, qui mirent un terme à cette pratique, les formes et les variétés étant reconnues comme effet du polymorphisme infraspécifique. Dans sa Faune de France - Mollusques terrestres et fluviatiles, Louis Germain fit un ménage considérable dans les espèces proposées par la Nouvelle École ; ainsi Anadonta cygnea et Anodonta anatina intégrèrent chacun 88 synonymes !

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Bourguignat (1829-1892)

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Locard (1841-1904)

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Coutagne (1854-1928)



Le long silence malacologique dans lequel la France fut plongée suite à la publication de Germain et à la Seconde Guerre mondiale se poursuivit des décennies et il fallu attendre la fin du XXe siècle pour que cette discipline suscite à nouveau l'intérêt des naturalistes et des taxinomistes. L'adaptation française du guide naturaliste de Kerney et Cameron par Alain Bertrand permet aujourd'hui à quinconque de s'aventurer dans ce monde perdu de la connaissance scientifique.

La tendance actuelle, notamment du fait de l'influence de la "Nouvelle École allemande" -comme on pourrait la nommer- semble s'engager à nouveau dans la voie facile des descriptions aussi nombreuses qu'hâtives... La liste de référence annotée de Gerhard Falkner et alii malgré son formidable travail de compilation semble être un nouveau point de départ dans cette direction.

Évolution du nombre de taxa au cours du temps



Année Auteur Ouvrage Nb genres Nb espèces
1767 Geoffroy Traité somm. Moll. 7 g. 46 sp.
1801 Poiret Prodr. Hist. nat. Moll. terr. fluv. Aisne 9 g. 74 sp.
1801 Draparnaud Tabl. Moll. terr. fluv. Fr. 18 g. 132 sp.
1805 Draparnaud Hist. nat. Moll. terr. fluv. Fr. 19 g. 173 sp.
1831 Draparnaud + Michaud Hist. nat. Moll. terr. fluv. + Compl. 23 g. 225 sp.
1847-1852 Dupuy Hist. nat. Moll. terr. eaux douces Fr. 32 g. 331 à 347 sp
1855-1856 Moquin-Tandon Hist. nat. Moll. terr. fluv. Fr. 28 g. 266 à 274 sp
1893 Locard Coq. fluv. et coq. terr. Fr. 68 g. 1850 sp.
1930-1931 Germain Faune de Fr. : Moll. terr. et fluv. 138 g. 584 sp. max.
2002 Falkner Moll. cont. Fr. : Liste de réf. 222 g. 664 sp.


Bibliographie sommaire



Bouchet Ph., 2002 - Mollusques terrestres et aquatiques de France : un nouveau référentiel taxonomique, un nouveau départ, de nouvelles perspectives. In : G. Falkner, Th. E. J. Ripken & M. Falkner. Mollusques continentaux de France : Liste de Référence annotée et Bibliographie. - Patrimoines Naturels, 52 : 5-20.

Carré F., 1991 - Notes pour une histoire de la Malacologie continentale en France. Vertigo, 1 : 5-19.

Germain L., 1930 - Histoire de la Malacologie française. In : Faune de France 21. Mollusques terrestres et fluviatiles (première partie). Introduction : 5-8.

Vallardi F., 1962 - Histoire de la zoologie. In : Encyclopédie du monde animal. Mammifères. Tome 1 : 7-19.

Quelques biographies

J'ai réalisé, en 2005 et 2006, quelques notices biographiques de malacologistes français qu'il est possible de consulter sur Wikipedia :

  • Jules René Bourguignat (1829-1892)
  • Georges Coutagne (1854-1928)
  • Jacques Philippe Raymond Draparnaud (1772-1804)
  • Arnould Locard (1841-1904)
  • Paul Massot (1800-1857)
  • Gaspard Louis André Michaud (1795-1880)
  • Jean Pechaud (1823-1886)
  • Jules Joseph Ray (1815-1883)
  • Pierre Jules Reynès (1815-1***)
  • Claude Sionnest (1749-1820)
  • Ange Paulin Terver (1798-1875)

  • Cédric Audibert


    Date de création : 29/08/2008 @ 23:22
    Dernière modification : 23/04/2010 @ 00:00
    Catégorie : Autour des collections - Histoire de la malacologie
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